La question sociale dans l'oeuvre de Steiner

 

Le mot "driegliederung" employé par Rudolf Steiner peut  être traduit par "trimembrement"

La pensée sociale de Rudolf Steiner

Dans le chaos social et politique qui suivit le premier conflit mondial, Rudolf Steiner exposa à un large public le fruit de ses recherches au sujet de la question sociale.

Son activité conférencière intense fut accompagnée de la publication d'un ouvrage : "Les points essentiels de la question sociale dans les nécessités de la vie pour le présent et pour l'avenir" édité actuellement sous le titre : Au coeur de la question sociale Á l'époque, il fut publié à 80.000 exemplaires en deux mois.

Comme dans d'autres domaines (pédagogie,agriculture etc), R. Steiner ne donne pas de recettes toutes faites mais tente d'éveiller les capacités de discernement nécessaires pour appréhender les réalités tant matérielles que spirituelles du présent.

Ces idées, qui furent diffusées en 1919, trouvent actuellement écho dans les initiatives alter-mondialistes et sont également à la base du concept des banques éthiques telles que Triodos ou la NEF.

 

Livres sur la tri-articulation sociale

Pages liens - Tri-articulation sociale

 

Extrait de "Rudolf Steiner, sa vie, son oeuvre" de Johannes Hemleben

 

[...] La pensée fondamentale de ce " mouvement de triarticulation " était la suivante : la vie sociale de l'humanité ne pourrait redevenir saine que si on la structurait consciemment. L'individualité devenue autonome ne peut plus admettre la toute-puissance de l'État. La force de travail de l'individu ne doit pas être dégradée au niveau d'une marchandise. Il faut que toutes les institutions de l'État et de l'économie soient prévues de façon telle que reste intacte la dignité de l'être humain qui travaille. Pour obtenir réellement ce résultat.,il faut, prône Steiner, que l'État, l'Éconornie et la Culture ne soient plus autant imbriqués les uns dans les autres.

 

l. Autrefois, l'État - et bien plus encore tous les États totalitaires nés depuis 1919 et en partie disparus ! - dépassait les limites qui lui sont en principe fixées. Son domaine, celui du droit public, devrait se limiter à la vie politique proprement dite et à la tâche de protéger les citoyens contre l'intérieur et l'extérieur. Du droit des pauvres en passant par le droit du travail jusqu'au droit pénal, avec les institutions nécessaires (police, armée, justice, etc.), son bras doit tout atteindre - mais rien au-delà. Ce qui vaut devant lui et pour tous, c'est l'égalité.

 

2. Mais l'État ne doit pas lui-même créer des entreprises économiques. L'économie est de plus en plus un vaste domaine auquel doivent participer de nombreux peuples et, finalement, tous 1es hommes. Qu'un État se comporte en chef d'entreprise économique devrait être , une exception, et non pas la règle. Mais tous devraient d'autant mieux prendre part par un travail collectif au processus économique (production, circulation et consommation des marchandises) par la formation d'instances de producteurs et de consommateurs. Ici, ce qu'il faut réaliser, c'est une fraternité exempte de sentimentalité.

 

3. Et enfin : l'État devrait renoncer au rôle de tuteur spirituel des citoyens. La plus grande liberté doit être garantie dans tout ce qui ce concerne l'art, la recherche scientifique, l'éducation et la religion.

 

Liberté pour l'esprit, égalité dans le droit, fraternité dans l'économie - c'est ainsi que Rudolf Steiner donna à l'idéal de la Révolution française un nouveau contenu réaliste. Il n'a jamais considéré cette idée de la triarticulation comme une idéologie que l'on pourrait tenter d'imposer dans le monde. Ce sont les faits eux-mêmes qui exigent cette autonomie des trois systèmes de l'organisme social. C'est pourquoi, pour Steiner, c'est essentiellement par une prise de conscience dans ce sens que l'on rend justice - ou non - à la réalité des faits.

 

Les années qui passent ne lui ont-elles pas amplement donné raison ? Pourtant, en 1919, Rudolf Steiner ne fut pas entendu. Rapidement, le mouvement pour la triarticulation, à la disposition duquel s'étaient mis quelques pionniers très actifs, se trouva pris et malmené entre l'égoïsme des chefs d'entreprise et la méfiance des syndicats. Ce qui dépendait d'une libre compréhension et de la bonne volonté devint la cible des politiciens qui ne voulurent pas s'intéresser à ce qui était vraiment nouveau. Devant cet état de fait Steiner rappela ses collaborateurs du jour au lendemain, et mit fin à cette tentative - de portée historique selon nous - d'apporter une solution à la question sociale. Le temps n'était pas encore venu. Mais les expériences dans le domaine social sont-elles vaines lorsqu'elles ne réussissent pas au premier plan ? Un premier échec est-il une réponse définitive au contenu réel d'une idée ? - Sans doute pas.

 

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